Du développement personnel du coach

iùage symbolisant le développement professionnel du coach

1ère publication 2014

Le développement personnel du coach peut passer par de nombreuses voies : thérapie, développement personnel (stages), formation à un cadre de référence psychologique, créativité… et porter sur plusieurs domaines : la connaissance de soi, l’estime de soi, la confiance en soi, l’amour de soi (pour le dire à partir d’un cadre de référence gestaltiste). Il s’agit de développer un regard bienveillant et éclairé sur qui nous sommes pour agir en fonction de nos valeurs et intentions et d’identifier et de traiter nos comportements sous stress qui peuvent être dommageables pour nous et nos clients (par exemple le désir de perfection).

La question de la connaissance de soi est une de celle que les coachs ont à traverser au cours de leur formation. Ne pas se connaître (méconnaître l’origine ou le résultat de ses comportements) c’est s’exposer à investir la relation de coaching d’une dimension personnelle, avec le risque de ne pas être aidant, de mé-communiquer, de ne pas détecter des interventions dommageables pour mon client, de ne pas faire montre de la totalité de ses compétences. Connais-toi toi même dit l’adage.

Néanmoins, cette question n’a d’intérêt que  :

  • si les réponses que nous donnons à « qui je suis » nous permettent de développer notre confiance en nous et l’estime de nous-même,
  • si ces réponses assoient notre sentiment de légitimité,
  • si ces réponses nous permettent de vivre plus la vie que nous voulons vivre.

Attention à l’exploration pour le plaisir de l’exploration 🙂 et aussi attention à la connaissance de soi qui peut amener à se croire seul car tellement différent de tous les autres !

Dans mon parcours de formation, j’ai rencontré plusieurs cadres théoriques qui m’ont permis de franchir une étape importante de ma croissance personnelle et professionnelle. C’est le cas de l’analyse transactionnelle et de l’ennéagramme.

La rencontre avec l’analyse transactionnelle

J’ai croisé le chemin de l’analyse transactionnelle, comme beaucoup, avec la lecture d’un livre d’Eric Berne, un peu brouillon, touffu, mais d’une richesse importante : Que dites vous après avoir dit bonjour ? Dans ce livre posthume, Eric Berne parle du scénario que l’enfant se constitue, de ce plan de vie dont chacun dispose et qui précise les grandes lignes de la vie : les étapes, les évènements majeurs, les personnages centraux, la fin. Eric Berne nous livre l’état de ses recherches et de ses réflexions et nous permet d’approcher la richesse de sa pensée. Ma plus grande découverte lors de cette lecture : non la souffrance n’est pas inéluctable, il est possible de retrouver les décisions de l’enfant, de les élaborer, de changer sa façon de percevoir le monde, d’aller mieux, de guérir… Quelle découverte !

Après j’ai mis un peu de temps pour me rendre dans une formation sur ce thème. Je me souviens très bien du thème : la théorie organisationnelle d’Eric Berne, ou comment comprendre l’organisation, le fonctionnement, les structures et les processus relationnels au sein des entreprises. Quel choc ! Il est donc possible de comprendre pourquoi les organismes dysfonctionnent, comment cela se produit et du coup ce qu’il faut faire pour permettre de retrouver de la croissance, du bien être. A partir de cette approche, qui ne me mettait pas trop en questionnement, car bien dans la continuité de mes études d’ingénieur, j’ai découvert l’existence de la psychologie, des relations humaines et j’ai commencé à comprendre, à la fois mes ressentis et les réactions qui se manifestaient dans les groupes que j’avais à animer.

A partir de ce moment, je peux dire que l’analyse transactionnelle a changé ma vie – sans  grandiosité – j’ai pu, avec la thérapie, faire le tri de mes souffrances d’enfant, commencer à être plus conscient de mes comportements, de mes sentiments, j’ai pris de plus en plus de plaisir à animer les groupes, à vivre, à me former. J’ai donné du sens à mes actions, j’ai appris à réfléchir en prenant en compte mes valeurs et mes désirs, à ne pas reproduire.

Un exemple : j’ai choisi le métier de conseil et de formateur à 25 ans, je me suis installé en tant qu’indépendant, avec l’idée de former les personnels des entreprises agro-alimentaires à la qualité et à l’hygiène, en continuité avec ma formation. Il est fort possible que cette installation – risquée à l’âge que j’avais – ne soit pas le résultat d’une réflexion adulte, mais plutôt de l’incapacité à imaginer une autre manière de travailler, difficulté à ‘être sous la coupe’ de quelqu’un, poursuite de la manière de travailler de mon père (indépendant), mon frère (indépendant), ma mère (indépendant), mon oncle (indépendant)… J’ai ensuite pu accepter ce choix, prendre une décision en conscience, celle de poursuivre ma carrière en indépendant.

La formation que j’ai suivie en analyse transactionnelle m’a également permis d’avoir une autre lecture du monde, des relations aux autres, de donner du relief et des couleurs aux situations vécues. Pour moi, la vie est plus dense, plus pleine, plus colorée maintenant.

Confiance et soi et comparaison avec ses formateurs.

Lors de ma propre formation, j’ai connu un moment de lassitude (après un grand temps d’envie) lorsque j’ai constaté avec quelle aisance mes formateurs maniaient les concepts, peaufinaient des interventions, disaient des choses tellement justes et importantes, trouvaient la réplique immédiate dans des situations difficiles. Alors qu’il me fallait un temps fou pour trouver une phrase qui sonnait juste.

Quel que soit l’objet de la comparaison, c’est la comparaison qui pose problème, sans comparaison, avec une juste mesure de sa propre compétence, de ses propres ressources, plus de problème. Apprenons à relativiser la comparaison, à comprendre que chacun de nos maîtres ou formateurs a eu lui aussi des périodes d’apprentissage, des périodes de doute. Sachons aussi comprendre que si d’autres sont plus compétents dans tel ou tel domaine, ils ont aussi leurs carences, leurs zones de trouble et leurs limites.

Voyons enfin que chaque personne qui se met réellement dans une posture de coach pourra faire avancer son client, sans doute sur des niveaux différents et avec des résultats différents. Il est sûr (par le fait transférentiel) qu’une heure de coaching avec l’un des grands noms permettra à un client d’aller plus loin et plus vite qu’avec un coach moins expérimenté, mais cela ne doit pas masquer le progrès que le client fera avec le coach moins expérimenté. La relation de coaching est une relation sur la durée, là où un superviseur en une séance de 20 mn doit permettre à la personne en formation de franchir une étape, il est possible dans une relation de coaching de revenir sur ce qui a été fait et dit, de creuser dans une prochaine séance des aspects ignorés. Mais cela demande au coach de prendre le temps de réfléchir à la séance et de retravailler sur celle-ci.

Traiter le désir de perfection

Le désir interne (ou la pression interne) de perfection et de total achèvement est très influent chez de nombreuses personnes et empêche le démarrage de l’action. La croyance interne est qu’il n’est pas possible d’être efficace tant que « tout n’est pas parfait ou réalisé ». Pour paraphraser Winnicott, l’objectif n’est pas d’être un coach parfait, mais d’être un suffisamment bon coach.

Avoir une vision positive de soi même, de ses compétences et de ses limites est un garant de sa capacité à progresser. On apprend autant sans doute de l’analyse de ses réussites que de l’analyse de ses échecs. Faire preuve envers soi même de bienveillance est un gage d’être capable de le faire envers ses clients.

La rencontre avec l’énnéagramme

Une deuxième découverte importante a été celle de l’ennéagramme. Cet outil présente 9 types de personnalité, avec leur mode de défense, leur processus de fonctionnement sous stress et leur capacité propre d’évolution. Lorsque dans un séminaire à visée de développement personnel, j’ai croisé puis reconnu mon type de personnalité, j’ai revisité ma vie à la lecture de ma faiblesse principale, j’ai donné du sens à certains de mes comportements, qui me posaient question depuis longtemps. Cette connaissance de mes modes de fonctionnement m’a permis de les repérer plus aisément, d’y porter remède lorsque cela me dérange, de rechercher de l’aide lorsque nécessaire, d’accepter une part de faiblesse intrinsèque.

 Une question que se posent quelquefois les personnes qui rencontrent pour la première fois une approche psychologique basée sur l’histoire de la personne est : est-ce que ça ne risque pas d’être dangereux de faire remonter des choses de l’enfance ? Oui, si je dois être désemparé, sans ressource face à des situations qui m’ont façonné, construit (de manière plus ou moins bancale) ; non, car ‘ce qui doit remonter’ remonte aussi bien dans une rencontre avec mes parents, mes frères et sœurs, mon patron ou sur la plage.

J’ai eu la faiblesse de tester de nombreuses approches thérapeutiques de la l’analyse transactionnelle psychodynamique, aux thérapies intégratives, aux pratiques narratives et aux thérapies brèves (EMDR par ex.), ce qui me permet de donner un petit conseil aux personnes qui se lancent dans l’aventure de la découverte d’elles-mêmes : choisissez un cadre de référence et une approche qui vous plaise, vous mette en confiance et n’acceptez aucune dévalorisation de qui vous êtes. Dès que vous vous sentez humiliés ou rabaissés pour une de vos caractéristiques …. fuyez ! Personne n’a la vérité en termes de psychée humaine, l’intérêt du développement personnel est de se sentir plus en confiance dans une relation de collaboration.

Daniel Chernet
Coach et facilitateur

Superviseur et formateur de coachs et de facilitateurs