La coopération cela s’apprend

La coopération s’apprend.

De très nombreuses attitudes, comportements nécessaires à la coopération ne sont pas appris dans les écoles ou dans les familles. Dans les écoles on a souvent appris à bien faire seul pas tellement à agir à plusieurs. Prenez un petit temps pour vous souvenir des expérience de travail en commun réussies (les règles de la coopération seront présentes) et ceux qui vous ont laissé un sentiment d’amertume (vous pourrez en déduire quelques attitudes permettant la coopération : la confiance, l’engagement, le traitement des désaccords, la parole juste, l’encouragement, la gratitude… et comprendre comment la compétition a le pouvoir de diminuer l’engagement des personnes au service d’un commun d’une autre nature).

Souvent, dans les modèles compétitifs l’intérêt personnel est prioritaire à l’intérêt commun, le gain immédiat au gain à long terme, la prédation au partage équitable. Or coopérer passe par une rencontre d’acteurs qui se groupent pour résoudre des problèmes d’intérêt commun. Lorsque l’intérêt individuel prédomine, on peut vivre un sentiment de solitude face au travail à réaliser, face aux enjeux de pouvoir, à l’envie de convaincre de certains.

Apprendre à coopérer c’est principalement développer chez soi des attitudes qui permettent la création d’un « Nous » puissant, et orienté vers un commun partagé.

Pour les chercheurs deux capacités spécifiques à l’homme permettent la coopération (1), la formation à la coopération pourra s’appuyer sur ces capacités et chercher par des mises en situation à les développer, ce qui conduira à plus d’empathie, d’altruisme et de coopération.

  1. Le partage affectif, qui se traduit par notre sensibilité à l’état émotionnel des autres membres du groupe.
  2. La capacité à comprendre et à interpréter les états psychologiques des autres. C’est cette compétence qui nous permet de voir le monde selon des points de vue différents, le point de vue de l’autre.

Ainsi, apprendre à coopérer c’est se mettre en condition de le faire, avec d’autres qui en ont envie, qui sont prêts à s’engager dans le commun, à changer de points de vue, à partager leurs émotions, leurs pensées. D’autres qui sont prêts à vivre ensemble cette aventure, à apprendre à négocier, à laisser une place aux autres visions du monde, à donner un avis avec simplicité, à traiter les incompréhensions, à écouter, à rechercher des solutions partagées.

Apprendre ensemble à coopérer permettra de développer une culture partagée. Cette culture de la coopération  comprend des attitudes et comportements d’écoute, d’intérêt vers l’autre, d’empathie, de réflexion en termes de biens communs… Elle comporte également des habitudes de travail, des outils permettant l’émergence d’une pensée partagée, des méthodes de prise de décision, de régulation des conflits d’opinions.

Petit paradoxe, pour apprendre la coopération, il faut apprendre en coopération.

Apprendre à coopérer, c’est le faire ensemble. Le développement de sa capacité à coopérer ne viendra ni d’une obligation, d’une pression par une autorité supérieure, ni par un apprentissage théorique. Le développement d’attitudes positives à la coopération se renforceront dans des contextes de réalisations communes (projets collectifs) avec peu d’enjeux, mais beaucoup de stimulation et en présence d’un garant de la qualité de la relation au sein du groupe, d’une personne apte à réguler les échanges et les manifestations émotionnelles. 

  • Les activités hors de l’organisation

Créer un projet (construire le déroulé d’une soirée spectacle avec les talents de chacun, d’un concert, d’une activité culturelle) dont la réussite ne peut être que collective et qui permette à chacun de s’impliquer au travers des activités nécessaires à la réalisation du projet :

    • Définir une finalité au projet,
    • Proposer des objectifs,
    • Identifier des solutions créatives aux difficultés rencontrées,
    • Proposer les moyens,
    • Gérer les contraintes,
    • Coordonner les actions,
    • S’engager solidairement dans les actions à mener,
    • Prendre des initiatives,
    • Partager de l’information,
    • Gérer les tensions,
    • Gérer les urgences,
    • Identifier les zones et nécessité de leadership,
    • Encourager à l’engagement,
    • Faire revenir dans le groupe une personne qui se désengage…

Le coté inédit de l’action (personne n’a monté de projet de ce type par le passé) permet de développer de nouvelles compétences, sous réserve de prendre le temps à plusieurs moments dans le projet de faire une rétrospective sur les apprentissages, ce qui s’est bien déroulé et ce qui peut mieux se dérouler pour la suite. Chacun peut alors devenir une ressource pour lui-même (dans son engagement dans l’action) et pour les autres (entraide, partage du leadership).

Une action d‘apprentissage de ce type peut durer 2 ou 3 jours ou être répartie sur plusieurs semaines, il est essentiel que le challenge soit réaliste en fonction du temps disponible et permette par la suite de célébrer la réussite.

  • Les jeux analogiques

Des jeux ou des activités créatives peuvent être réalisées dans un délai plus court (une demi-journée) et permettre une première approche de la coopération. L’intention est de produire ensemble pour mieux se connaître et pour apprendre à coopérer (faire, penser, ressentir ensemble).

J’aime utiliser le jeu du pont : il s’agit de construire un pont au-dessus d’une rivière matérialisée par une série de feuilles bleues : le pont doit permettre le passage en sécurité d’une voiture (un modèle réduit qui roule réellement avec un certain poids) dans les deux sens, sans possibilité d’accidents. Le groupe est limité en nombre, si vous avez plus de 8 personnes, si le groupe comporte plus de 8 personnes, faire deux groupes ou faire faire à un sous-groupe un garage avec des portes fonctionnelles et la maison d’habitation du gardien du pont.  Au bout de 10 mn de construction faire un point : qu’est ce qui fonctionne bien entre nous, qu’est ce qui pourrait être amélioré, comment ? A quoi chacun s’engage-t-il ? Matériel fournis aux constructeurs : scotch, scotch à colis, papier A4, ciseaux.

La coopération cela s'apprend 5

Première temps de debrief 

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Seconde étape, avant travaux de sécurisation.

J’aime aussi faire réaliser le totem du groupe, qui est très créatif et permet aussi d’obtenir des informations sur ce que chacun juge essentiel dans la coopération au sein du groupe. Les consignes sont simple : fabriquer avec le matériel fourni un totem qui représentera le groupe projet tout au long de la réalisation du projet. Vous allez imaginer un totem d’une taille de 60 cm mini, autoportant pour représenter ce qui vous parait essentiel dans le groupe en lien avec les intentions globales du groupe. Matériel fourni : matériel de créativité́ / prototypage : crépon, balles de mousse, papiers, cure pipes, petits animaux, boules de polystyrène, assiettes, verres en cartons, revues… ou feutres et papier, dans la simplicité́, c’est chouette aussi. Si le groupe comporte plus de 8 personnes, faire deux groupes et partager les totems par la suite.

  • Les jeux collaboratifs ou coopératifs

Selon Sylvain Connac, un enseignant chercheur de la faculté de Montpellier : « le principe d’un jeu coopératif est l’engagement physique ou intellectuel, intense mais sans gagnant ni perdant, sans compétition ni violence, dans le but de réaliser un défi ou de battre un record précédemment établi. » Il existe de nombreux jeux collaboratifs, je n’ai pas l’habitude de les utiliser.

  • Le travail autour des principes de la coopération

Faire réfléchir les membres du groupe autour du développement dans le groupe d’un des principes de la coopération est aussi une manière de se former à la coopération. La coopération au sein des groupes repose sur plusieurs principes :

    • principe de confiance,
    • de subsidiarité,
    • d’empowerment,
    • de responsabilité engagée,
    • de créativité
    • de coordination des activités
    • de joie au cœur du groupe
    • de facilitation des activités…

Choisir d’élaborer une réflexion et un plan d’action à partir d’un de ces principes permet de  : partager des représentations, identifier des objectifs de développement, proposer des manières de faire nouvelles, identifier les obstacles, programmer les actions… et constitue un mini projet qui peut être réalisé dans la vie du groupe et permettre l’apprentissage du penser, agir, ressentir ensemble.

Daniel Chernet – déc 2020