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L’analyse transactionnelle appliquée au management

Publié le 28 septembre 2026

Par La rédaction de la Manufacture
Entretien individuel calme entre une manageuse et un collaborateur dans une petite salle de réunion de PME

L’analyse transactionnelle est une grille de lecture des relations humaines, créée par le psychiatre américain Eric Berne à la fin des années 1950. Appliquée au management, elle aide à comprendre pourquoi un échange dérape et comment le remettre sur de bons rails, grâce à quelques outils simples : les états du moi, les transactions, les signes de reconnaissance et les jeux psychologiques.

Un manager demande à un collaborateur où en est le dossier client. La question est neutre. La réponse l’est moins : « Tu me l’as déjà demandé hier, tu crois que je ne fais rien ? » La réunion qui suit est tendue, sans que personne sache vraiment pourquoi. L’analyse transactionnelle ne résout pas tout, mais elle donne des mots pour décrire ce qui vient de se passer, et donc un moyen d’agir.

Les bases de l’analyse transactionnelle

Analyse transactionnelle (AT) : théorie de la personnalité et de la communication qui analyse les échanges entre personnes, appelés transactions, à partir de trois états du moi : Parent, Adulte et Enfant.

Eric Berne l’a popularisée avec son livre Des jeux et des hommes, paru en 1964. Elle s’est ensuite diffusée dans la formation des managers, le coaching et la conduite d’équipe. Son intérêt pour un dirigeant tient à son vocabulaire accessible : pas besoin d’être psychologue pour s’en servir.

Les trois états du moi

Selon Berne, chacun passe en permanence d’un état du moi à l’autre. Aucun n’est bon ou mauvais en soi : tout dépend de la situation.

État du moi Ce qu’il exprime Au travail, cela donne
Parent normatif Les règles, les valeurs, le jugement « Les délais sont faits pour être tenus. »
Parent nourricier La protection, le soutien « Tu veux que je t’aide sur ce dossier ? »
Adulte L’analyse des faits, le raisonnement « Il reste trois jours et deux tâches, on regarde comment les répartir. »
Enfant libre La spontanéité, la créativité, l’émotion « J’ai une idée, on pourrait tester ça ! »
Enfant adapté La soumission ou la rébellion face à l’autorité « De toute façon, c’est toujours moi qu’on accuse. »

Un manager efficace sait mobiliser chacun de ces états au bon moment. Le Parent normatif pour poser un cadre non négociable, comme la sécurité. L’Adulte pour résoudre un problème. L’Enfant libre pour faire émerger des idées en atelier. Le problème survient quand un seul état domine en toutes circonstances.

Les transactions : comprendre pourquoi un échange dérape

Une transaction est un échange entre deux personnes : un stimulus, puis une réponse. L’AT en distingue trois types.

La transaction complémentaire

La réponse vient de l’état du moi auquel on s’adressait. L’échange peut continuer sans heurt. « Où en est le devis ? » (Adulte vers Adulte). « Il part ce soir, il me manque le prix du transport. » (Adulte vers Adulte).

La transaction croisée

La réponse part d’un autre état du moi que celui attendu. C’est le cas décrit plus haut : une question d’Adulte reçoit une réponse d’Enfant adapté rebelle. La communication se bloque. Pour la relancer, il faut que l’un des deux change d’état du moi, le plus souvent en revenant à l’Adulte : « Je ne remets pas ton travail en cause. J’ai besoin de savoir si le client aura sa réponse avant vendredi. »

La transaction cachée

Le message affiché n’est pas le message réel. « Tu as vu l’heure ? » peut être une simple information ou un reproche déguisé. Ces transactions sont les plus toxiques, parce qu’on répond à un message que personne n’assume.

Les signes de reconnaissance

Berne a montré que chacun a besoin de reconnaissance, qu’il appelle « strokes ». Ils peuvent être positifs ou négatifs, conditionnels (liés à ce que l’on fait) ou inconditionnels (liés à ce que l’on est).

  • Positif conditionnel : « Ton compte rendu d’hier était clair, le client l’a signé tout de suite. »
  • Négatif conditionnel : « Ce devis contenait deux erreurs de prix. » Utile s’il est factuel et suivi d’une solution.
  • Positif inconditionnel : « Content de t’avoir dans l’équipe. »
  • Négatif inconditionnel : « Tu es toujours en retard. » À bannir : il vise la personne, pas le comportement.

Une équipe privée de signes de reconnaissance positifs finit par rechercher les négatifs : mieux vaut être remarqué pour une erreur que ne pas être remarqué du tout. Beaucoup de comportements difficiles s’expliquent ainsi. Le sujet rejoint celui des compétences relationnelles des managers.

Les jeux psychologiques et le triangle dramatique

Un jeu psychologique est une suite de transactions répétitives, avec un scénario prévisible et une fin désagréable pour tout le monde. Le psychologue Stephen Karpman, élève de Berne, l’a représenté en 1968 par un triangle à trois rôles.

  • Le Persécuteur critique, accuse, rabaisse.
  • La Victime se plaint, se sent impuissante, attend qu’on la sauve.
  • Le Sauveur aide sans qu’on le lui demande, fait à la place de l’autre.

Le piège, c’est que les rôles tournent. Le manager Sauveur qui reprend le dossier d’un collaborateur « débordé » finit par se sentir exploité et devient Persécuteur : « Je fais tout ici. » Le collaborateur, d’abord Victime, se retourne en Persécuteur : « Tu ne me fais jamais confiance. »

Comment sortir du triangle

  • Au lieu de sauver, proposer un soutien et laisser l’autre décider : « Qu’est-ce qui t’aiderait ? »
  • Au lieu de persécuter, décrire les faits et formuler une demande précise.
  • Au lieu de subir, dire clairement ce dont on a besoin.

Dans les situations tendues, cette posture rejoint la méthode proposée dans notre article sur la gestion directe des conflits.

Les positions de vie

L’AT décrit aussi quatre attitudes de fond envers soi et les autres, formalisées par Franklin Ernst sous le nom de « corral OK ».

Position Formule Comportement type du manager
+/+ Je suis OK, tu es OK Coopère, délègue, fait confiance
+/− Je suis OK, tu n’es pas OK Contrôle, dévalorise, décide seul
−/+ Je ne suis pas OK, tu es OK S’efface, n’ose pas trancher
−/− Je ne suis pas OK, tu n’es pas OK Baisse les bras, rien ne marche

Chacun passe par ces positions selon le stress et le contexte. L’objectif est de revenir le plus souvent possible à la position « OK/OK », seule compatible avec un travail d’équipe durable.

Les « drivers » : ce qui nous pousse sous pression

Le psychologue Taibi Kahler a identifié dans les années 1970 cinq messages intérieurs qui guident nos comportements sous stress :

  • Sois parfait : le souci du détail qui empêche de livrer.
  • Fais plaisir : la difficulté à dire non.
  • Fais des efforts : la valorisation de l’effort plus que du résultat.
  • Dépêche-toi : la précipitation, les tâches bâclées.
  • Sois fort : le refus de demander de l’aide.

Repérer son propre driver est souvent plus utile que repérer celui des autres. Un dirigeant « Sois fort » gagne à accepter d’être épaulé. Un manager « Fais plaisir » gagne à s’entraîner à refuser une demande de façon claire.

Les 3P : protéger, permettre, donner de la puissance

Issu des travaux de Pat Crossman en analyse transactionnelle, le modèle des 3P décrit ce dont une personne a besoin pour changer un comportement : de la Protection (un cadre sûr, le droit à l’erreur), des Permissions (l’autorisation explicite d’essayer autrement) et de la Puissance (un accompagnant crédible et solide). Pour un manager qui veut faire évoluer un collaborateur, c’est une bonne grille de vérification : ai-je sécurisé, autorisé, et suis-je assez présent pour soutenir ?

Utiliser l’analyse transactionnelle dans une PME

En entretien individuel

Avant un entretien délicat, demandez-vous depuis quel état du moi vous allez parler. Un recadrage mené depuis le Parent normatif pur provoque souvent une réponse d’Enfant adapté, soumis ou rebelle. Le même message porté par l’Adulte, avec des faits et une demande claire, passe mieux. Notre article sur l’entretien de recadrage donne une trame concrète.

En réunion

Quand la discussion tourne en rond, c’est souvent qu’un jeu s’est installé. Nommer le fait (« on revient sur ce point pour la troisième fois ») et ramener la question à l’Adulte (« quelle décision faut-il prendre aujourd’hui ? ») suffit parfois à débloquer la situation.

Dans la formation des managers

Une formation courte de deux jours à l’AT donne à une équipe de managers un vocabulaire commun. Ce vocabulaire rend plus facile le débriefing des situations difficiles entre pairs.

Les limites de l’analyse transactionnelle

  • C’est une grille de lecture, pas une vérité scientifique. Elle simplifie des mécanismes complexes.
  • Elle ne remplace pas une organisation claire : beaucoup de tensions viennent de rôles flous, pas de la personnalité des gens.
  • Mal utilisée, elle sert à étiqueter les autres (« lui, c’est un Persécuteur »). C’est l’inverse de son objectif.
  • Les situations de souffrance au travail relèvent de professionnels : médecin du travail, psychologue.

Questions fréquentes

Faut-il être formé pour utiliser l’analyse transactionnelle ?

Les notions de base (états du moi, transactions, triangle de Karpman) s’apprennent en quelques heures et suffisent pour un usage managérial. Un usage en accompagnement individuel demande une formation certifiée.

L’analyse transactionnelle est-elle encore utilisée en entreprise ?

Oui, surtout en formation au management et en coaching. Son vocabulaire est souvent repris dans d’autres approches de la communication.

Quel est l’état du moi idéal pour un manager ?

Il n’y en a pas. L’Adulte est le plus utile pour résoudre les problèmes, mais un manager a aussi besoin du Parent pour poser les règles et de l’Enfant libre pour créer et motiver.

Ce que vous pouvez faire dès demain

Repensez au dernier échange qui a dérapé avec un membre de votre équipe. Identifiez depuis quel état du moi vous avez parlé, et depuis lequel l’autre a répondu. Si vous étiez dans un rôle du triangle dramatique, lequel ? Préparez une phrase d’Adulte pour reprendre le sujet : les faits, votre besoin, une proposition. Ce travail sur la relation complète celui sur l’organisation, les deux faces d’une gestion d’entreprise qui fonctionne.

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